Enchanté, moi c’est Chirac

par | Publié le 24.06.2026, mis à jour le 24.06.2026 | Insulte

«

Enchanté, moi c’est Chirac.

»

Jacques Chirac a marqué les esprits pour être resté douze ans au pouvoir, mais aussi par son art de la formule. C’est ainsi que circule l’anecdote suivante. Au cours d’un de ces bains de foule qu’il affectionnait, quelqu’un lui a lancé un « connard ! ». Sans se démonter, Chirac a répondu : « Enchanté, moi c’est Chirac. » La repartie est devenue célèbre. Pour autant, elle est vraisemblablement apocryphe. Il est intéressant de noter qu’elle a fait son apparition dans un contexte bien particulier. Nicolas Sarkozy, se rendant à son premier Salon de l’agriculture en tant que président de la République, a eu un échange houleux avec un visiteur, qui refusait de le saluer :

Le visiteur. — Ah non, touche-moi pas !
Nicolas Sarkozy. — Casse-toi alors !
Le visiteur. — Tu me salis !
Nicolas Sarkozy. — Casse… Casse-toi alors, pauvre con !

« Réactions aux propos de Nicolas Sarkozy », dans 20 Heures, 24 février 2008, 7 min 51 s.

Non seulement cet échange vulgaire a terni l’image du président Sarkozy, mais il a été comparé à la réponse tout en subtilité de Chirac. Il est quand même étonnant que le bon mot de ce dernier, jamais cité jusqu’alors, apparaisse précisément à l’occasion d’un épisode qui ne le concerne pas. On peut logiquement conclure à une forgerie, destinée à opposer deux types de comportement1. S’il s’avérait toutefois que Chirac a réellement tenu les propos qui lui sont attribués, il n’en serait malgré tout pas totalement l’inventeur puisque l’on trouve en 1898 ce dialogue dans le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand :

le vicomte

Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule !

 

cyrano, ôtant son chapeau et saluant comme si le vicomte venait de se présenter.

Ah ?… Et moi, Cyrano-Savinien-Hercule

De Bergerac.

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, I, iv.

Notes

1. Pour renforcer le parallèle avec l’épisode sarkozien, certains citateurs placent les propos de Chirac également dans l’environnement d’un Salon de l’agriculture ! De surcroît, l’apostrophe lancée à ce dernier (au contraire de sa réponse) a tendance à varier selon les ouvrages : « Bonjour, connard… » (François Xavier Testu, « Chirac [Jacques] » dans Le Bouquin des méchancetés), « Bonjour, monsieur Ducon » (Marc Lemonier, « Ducon », dans Petit Dico des cons et de la connerie, p. 67), « Pauv’ con ! » (Catherine Nay, L’Impétueux, p. 242).

Sources

  • 20 Heures, prés. Olivier Galzi, [Paris], France 2, diff. le 24 février 2008.
  • Bouguereau (Jean-Marcel), « Lynchage et pathologie présidentielle », Le Nouvel Observateur [PDF], 13-19 mars 2008, p. 48.
  • Lemonier (Marc), Petit Dico des cons et de la connerie, [Bernay], City éditions, DL 2010.
  • Nay (Catherine), L’Impétueux : tourments, tourmentes, crises et tempêtes, Paris, Bernard Grasset, DL 2012.
  • Rostand (Edmond), Cyrano de Bergerac : comédie héroïque en cinq actes en vers, Paris, Librairie Charpentier et Fasquelle, 1898.
  • Testu (François Xavier), Le Bouquin des méchancetés : et autres traits d’esprit [ePub], Paris, Robert Laffont (coll. « Bouquins »), DL 2014.

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