Pourquoi les morts…

par | Publié le 24.03.2023, mis à jour le 02.02.2024 | Au-delà

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Pourquoi les morts ne vivraient-ils pas ? Les vivants meurent bien.

»

Ce trait d’esprit est attribué à Chaval dès 1960, c’est-à-dire du vivant du dessinateur, dans De quoi rire ? (p.  92). À l’intérieur de son Journal impoli (p. 451), Christian Millau cite notre bon mot sans lui attribuer d’auteur.

Jean-Paul Lacroix donne une version plus longue, où Chaval est interrogé sur sa croyance en un au-delà.

Un au-delà ? pourquoi pas ? pourquoi les morts ne vivraient-ils pas ? Les vivants meurent bien.

Jean-Paul Lacroix, L’humour loufoque : d’Alphonse Allais à Raymond Devos, p. 42.

Dans le doute, mieux vaut parler d’une citation prêtée à Chaval plutôt que d’une citation de Chaval.

Pour finir, notons que, si Richard Arcand1 classe cette phrase dans les raisonnements fantaisistes, on peut néanmoins lui conférer une dimension spirituelle et la rapprocher de cet extrait du Polyidos d’Euripide :

Τίς δ’ οἶδεν εἰ τὸ ζῆν μέν ἐστι κατθανεῖν,

τὸ κατθανεῖν δὲ ζῆν κάτω νομίζεται ;

 

Qui sait si vivre n’est pas mourir et si mourir n’est pas considéré aux enfers comme vivre ?

Euripide, Polyidos, fr. 12, dans Fragments : Bellérophon-Protésilas.

Il s’agit d’un topos de la littérature antique :

Quo cum venerimus, tum denique vivemus. Nam hæc quidem vita mors est, quam lamentari possem, si liberet.

 

Quand nous serons arrivés au but, alors et alors seulement nous vivrons, car cette vie présente est en vérité une mort et c’est sur elle que je pourrais, si je voulais, me lamenter.

Cicéron, Tusculanes, I, xxxi.

Notes

1. Richard Arcand, Jeux verbaux et créations verbales, p. 215.

Sources

  • Arcand (Richard), Jeux verbaux et créations verbales : fonctionnement et illustrations [PDF], Malakoff, Armand Colin (coll. « U »), cop. 2017.
  • Bostel (Honoré), De quoi rire ?, Paris, René Julliard (coll. « Mappemonde »), DL 1960.
  • Cicéron, Tusculanes, éd. et trad. Charles Appuhn, Paris, Garnier frères (coll. « [Classiques Garnier] »), [1934].
  • Euripide, Fragments : Bellérophon-Protésilas, éd. et trad. François Jouan et Herman Van Looy, Paris, Les Belles Lettres (« Collection des universités de France »), 2000 ; Euripide, t. VIII, 2e partie.
  • Lacroix (Jean-Paul), L’Humour loufoque : d’Alphonse Allais à Raymond Devos, Paris, Jacques Grancher, DL 1985.
  • Millau (Christian), Journal impoli : un siècle au galop, 2011-1928, Monaco, Éditions du Rocher, DL 2011.

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