Je suis contre les femmes…

par | Publié le 16.04.2026, mis à jour le 16.04.2026 | Femme

«

Je suis contre les femmes : tout contre.

»

Cette phrase correspond très bien à Sacha Guitry, à la fois par son apparente misogynie et par sa formulation délicate et humoristique, magnifiée par l’antanaclase1. Elle figure d’ailleurs dans un certain nombre de recueils de citations, le plus ancien datant de 1960. L’ennui est que Sacha Guitry était déjà mort depuis trois ans et que « son » mot d’esprit est totalement absent de son œuvre. Toutefois, on trouve bien une trace de notre formule dès 1934 :

Dans sa conférence M. Sacha Guitry a développé la réplique inattendue qu’il avait confiée un jour à l’un de ses personnages : « Moi je suis contre les femmes… le plus près possible !  »

Guy Montoriol, « Les générales », La Griffe, 27  mai 1934, p. 132.

Une conférence, intitulée « Les femmes et l’amour », a en effet été donnée par Sacha Guitry le 10 mai 1934 au Théâtre des Variétés en préambule de sa pièce Mon double et ma moitié. Si l’esprit de la citation y est, la lettre n’y est pas. Non plus qu’elle ne figure dans la bouche d’un de ses personnages, comme le prétend Montoriol. On notera que la phrase que ce dernier prête à Guitry, privée de son antanaclase, n’a pas le sel de notre citation. Or celle-ci se relève en 1939 dans le journal Le Sourire, attribuée à un auteur dont le nom est codé :

Une jeune vedette reproche à H-ur-J-ans-n son mysogisme [sic]…

— Oh… vous, lui dit-elle… On connaît d’avance vos critiques… Vous êtes toujours contre nous, toujours contre les femmes.

— Tout contre, précise l’auteur.

« Tout contre », « Les potins de la manucure », Le Sourire, 6 mai 1939, p. [21].

Ce nom correspond à celui d’Henri Jeanson3, écrivain, journaliste et scénariste connu pour ses saillies spirituelles, notamment à l’encontre des femmes4. Il est donc possible que Guitry ait exprimé une pensée sur les femmes ressemblant à Moi je suis contre les femmes… le plus près possible ! et que Jeanson l’ait génialement modifiée en jouant sur le double sens de contre.

Notes

1. L’antanaclase est la répétition d’un même mot pris dans des sens différents. Exemple : « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point […] » (Blaise Pascal, Pensées, 277).

2. Cf. aussi Charles Henry, « Au théâtre des Variétés un joli spectacle s’envole », L’Ère nouvelle, 26 juin 1934, p. 3.

3. Les traits d’union remplacent les voyelles, et le u est une coquille se substituant à un n.

4. « […] les femmes sont décevantes. Ce sont des jouets dont on se lasse […] » (« Faits divers : mon curé chez les curés », La Volonté, 11 juin 1926, p. 5), « À partir d’un certain âge, les femmes se prennent toutes pour leurs filles » (« Faits divers : sur le carreau ! », id., 13 juin 1926, p. 5). Cf. aussi « Elles », dans Henri Jeanson en verve, p. 54-58.

Sources

  • « Ce soir », « Théâtres », Le Temps, 10 mai 1934, p. 6.
  • Chiflet (Jean-Loup), Dictionnaire amoureux de l’humour, Paris, Plon (coll. « Dictionnaire amoureux »), DL 2010, cop. 2012.
  • Favre (François), Dictionnaire des idées non reçues, Paris, Pierre Bordas et fils, cop. 1994.
  • Guitry (Sacha), Les Femmes et l’amour [enregistrement sonore], Paris, Les Industries musicales et électriques Pathé Marconi, [1955].
  • Guitry (Sacha), Théâtre, 15 vol., Paris, Le Livre contemporain/Librairie académique Perrin, cop. 1961-1964.
  • Guitry (Sacha), Cinéma [ePub], éd. Claude Gauteur, [Paris], Omnibus, cop. 2018.
  • Guitry (Sacha), « Je suis contre les femmes, tout […] », dans Dicocitations : le dictionnaire des citations [en ligne], Frédéric Jézégou et Dicocitations, cop. 2001-2026 [consulté le 15 avril 2026].
  • Henry (Charles), « Au théâtre des Variétés un joli spectacle s’envole », L’Ère nouvelle : organe de l’entente des gauches, 26 juin 1934, p. 3.
  • Jeanson (Henri), « Faits divers : mon curé chez les curés », La Volonté, 11 juin 1926, p. 5.
  • Jeanson (Henri), « Faits divers : sur le carreau ! », La Volonté, 13 juin 1926, p. 5.
  • Jeanson (Henri), Henri Jeanson en verve : mots, propos, aphorismes, éd. Nino Frank et Roger Régent, Paris, Pierre Horay (coll. « En verve »), DL 1971.
  • Montoriol (Guy), « Les générales », La Griffe, 27 mai 1934, p. 13.
  • Nicoïdski (Clarisse), La Bible de l’humour féminin(iste), Paris, Ramsay, DL 1996.
  • Pascal (Blaise), Pensées, éd. Léon Brunschvicg et Dominique Descotes, Paris, Garnier-Flammarion (coll. « GF »), cop. 1976.
  • Petit (Karl), Le Dictionnaire des citations du monde entier, nouvelle éd. revue et augmentée, Verviers, Gérard et Co. (coll. « Marabout Service »), cop. 1960.
  • Rivoire (Jean), Drôles de citations, Paris, Dunod (coll. « Comment… »), DL 1987.
  • « Tout contre », « Les potins de la manucure », Le Sourire, 6 mai 1939, p. [21].

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