La musique est…

par | Publié le 10.02.2023, mis à jour le 14.02.2023 | Musique

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La musique est la langue des émotions.

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On trouve souvent sur Internet cette citation attribuée à Emmanuel Kant. Si on peut faire du philosophe allemand son auteur, il faut dire qu’elle condense vraiment sa pensée, puisque la phrase originale, particulièrement longue, dit ceci :

Der Reiz derselben, der sich so allgemein mittheilen läßt, scheint darauf zu beruhen : daß jeder Ausdruck der Sprache im Zusammenhange einen Ton hat, der dem Sinne desselben angemessen ist ; daß dieser Ton mehr oder weniger einen Affect des Sprechenden bezeichnet und gegenseitig auch im Hörenden hervorbringt, der denn in diesem umgekehrt auch die Idee erregt, die in der Sprache mit solchem Tone ausgedrückt wird ; und daß, so wie die Modulation gleichsam eine allgemeine jedem Menschen verständliche Sprache der Empfindungen ist, die Tonkunst diese für sich allein in ihrem ganzen Nachdrucke, nämlich als Sprache der Affecten ausübe, und so, nach dem Geseße der Association, die damit natürlicher Weise verbundenen ästhetischen Ideen allgemein mittheile ; daß aber, weil jene åsthetischen Ideen keine Begriffe und bestimmte Gedanken sind, die Form der Zusammenseßung dieser Empfindungen (Harmonie und Melodie) nur, statt der Form einer Sprache, dazu diene, vermittelst einer proportionirten Stimmung derselben (welche, weil sie bey Tönen auf dem Verhältniß der Zahl der Luftbebungen in derselben Zeit, sofern die Töne zugleich oder auch nach einander verbunden werden, beruht, mathematisch unter gewisse Regeln gebracht werden kann), die ästhetische Idee eines zusammenhangenden Ganzen einer unnennbaren Gedankenfülle, einem gewissen Thema gemäß, welches den in dem Stücke herrschenden Affect ausmacht, auszudrücken.

 

Le charme de la musique, qui peut se communiquer si universellement, semble reposer sur le fait que toute expression du langage possède dans un contexte un ton, qui est approprié à son sens ; ce ton indique plus ou moins une affection du sujet parlant et la provoque aussi chez l’auditeur et cette affection éveille l’idée en celui-ci, qui est exprimée par un tel ton dans la langue ; la modulation est donc en quelque sorte une langue universelle des sensations, intelligible à tout homme, que la musique seule emploie dans toute sa force, c’est-à-dire comme langue des affections1, communiquant ainsi universellement d’après les lois de l’association les Idées esthétiques qui s’y trouvent liées naturellement ; mais comme ces Idées esthétiques ne sont pas des concepts ou des pensées déterminées, seule la forme de la composition de ces sensations (harmonie et mélodie), au lieu de la forme du langage, sert grâce à une disposition proportionnée de celles-ci — disposition qui peut être soumise mathématiquement à certaines règles parce qu’elle repose sur le rapport numérique des vibrations de l’air dans un temps identique, dans la mesure où les sons sont liés simultanément ou successivement — à exprimer l’Idée esthétique de l’ensemble harmonieux d’une indicible plénitude de pensées, qui convient à un certain thème, qui constitue l’affection dominante dans le morceau.

Emmanuel Kant, Critik der Urtheilskraft, p. 216-217 ; trad. Alexis Philonenko, Critique de la faculté de juger, p. 232-233.

Notes

1. Alain Renaut traduit plutôt par « langue des affects » (ibid., p. 316). Il n’en demeure pas moins que l’on peut tout à fait rendre le terme Affekt (Affect) par « émotion ».

Sources

  • Grappin (Pierre), Grand Dictionnaire : allemand-français, français-allemand, Paris, Larousse, DL 2001.
  • Kant (Emmanuel), « “La musique est la langue des émotions” », « Musique maestro ! », « Citations », Le Figaroscope [en ligne], s. d. [consulté le 10 février 2023].
  • Kant (Emmanuel), Critik der Urtheilskraft, Berlin, Lagarde / Liepāja, Friederich, 1790.
  • Kant (Emmanuel), Critique de la faculté de juger, trad. Alexis Philonenko, J. Vrin (coll. « Bibliothèque des textes philosophiques »), cop. 1993.
  • Kant (Emmanuel), Critique de la faculté de juger [PDF], éd. et trad. Alain Renaut, [Paris], Flammarion (coll. « GF »), cop. 2000.

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