Ce soir, je ne peux pas…
«
Ce soir, je ne peux pas improviser, je n’ai pas préparé.
»
On trouve sur Internet cette phrase, attribuée à Sacha Guitry. Pourtant, celle-ci est absente de son œuvre et n’est attestée par aucune source sérieuse. Des variantes existent (je ne peux pas improviser, puisque je n’ai rien préparé ; je ne peux pas improviser quand je ne suis pas préparé), tantôt attribuées à André Maurois, tantôt dites rapportées par André Maurois1. Rien non plus ne vient étayer cette dernière hypothèse.
C’est en fait le prêtre dominicain Jacques Monsabré qui est le premier à citer ladite phrase. Dans son livre Avant, pendant, après la prédication, il mentionne l’anecdote suivante : un professeur de rhétorique doit prononcer un discours lors d’une distribution de prix. Comme il est victime d’une extinction de voix, le proviseur le remplace, embarrassé, et adresse quelques mots d’excuse à l’auditoire en finissant par ce trait d’humour (peut-être involontaire) :
Mesdames, Messieurs, j’en suis bien fâché, mais je ne peux pas improviser quand je ne suis pas préparé.
Jacques Monsabré, Avant, pendant, après la prédication, p. 182.
Un proviseur anonyme est ainsi vraisemblablement l’auteur de la formule vers 1850, soit bien avant la naissance de Sacha Guitry.
Notes
1. Jean Jouanne, Briller en société, 4e de couverture ; Maurice Hougardy, La Parole en public , p. 26.
Sources
- Guitry (Sacha), Théâtre, 15 vol., Paris, Le Livre contemporain/Librairie académique Perrin, cop. 1961-1964.
- Guitry (Sacha), Cinéma [ePub], éd. Claude Gauteur, [Paris], Omnibus, cop. 2018.
- Hougardy (Maurice), La Parole en public : essai sur la rhétorique et l’éloquence aujourd’hui et dans le passé, [Paris]/[Bruxelles], Baude / Amiens, Les Éditions scientifiques et littéraires, cop. 1946.
- Jouanne (Jean), Briller en société, Paris, Retz (coll. « Savoir communiquer »), cop. 1977.
- « Mediatraining », Agence Droit devant [en ligne], Agence Droit devant, s. d. [consulté le 24 février 2026].
- Monsabré (Jacques), Avant, pendant, après la prédication : conseils aux jeunes ecclésiastiques, Paris, Bureaux de l’Année dominicaine, 1900.
Mots-clés